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La vision, voilà ce qui importe

Auteur : Jaroslaw Glodek

LA VISION, VOILA CE QUI IMPORTE !

Jaroslaw Glodek op Espaces Centrum- Varsovie, Pologne

Quand, en 2004, la Pologne a pris part aux élections du Parlement Européen pour la première fois, seulement 20% des citoyens inscrits sur les listes électorales ont participé. Ce pourcentage est descendu loin dessous la moyenne des élections nationales polonaises, en dépit du fait que l’intérêt était relativement important par rapport aux affaires européennes puisque le pays venait tout juste d’entrer dans la structure de l’Union Européenne. Ceci amène à se poser la question de savoir quel sera le pourcentage de votants cette année dans les nouveaux pays membres à l’est de l’Europe !

Pour en avoir une idée, j’ai appelé un couple parmi mes amis à Vilnius (Lithuanie), Tallin (Estonie) et Prague (Tchéquie). Ils vivent tous dans de grandes villes, ils ont des diplômes universitaires, ce sont des hommes intelligents, entre 30 et 40 ans. Les résultats… aucun parmi eux n’était au courant d’une quelconque prochaine élection ! Ils étaient avides de discuter de la situation politique, sociale et économique de leurs pays, mais ils ne semblaient pas avoir le même intérêt pour de semblables sujets au plan européen perçu comme un ensemble. Pour eux, Bruxelles semble très loin, une ville bureaucratique avec peut être la possibilité d’être une source de soutien financier pour leur propre pays.

J’ai aussi été voir le site official sur Internet de la commission électorale de l’Etat Polonais qui est chargée de superviser les élections au parlement européen. C’est incroyable mais ces pages n’ont pas changé depuis 2004 ! En conséquence nous devons considérer lucidement ce fait difficile à nier que personne ne semble se soucier vraiment de ce qui va survenir avec le vote populaire de juin 2009.

Cette apathie des électeurs en Europe de l’Est a conduit l’UE à mener sa propre recherche pour savoir pourquoi les gens ont en moyenne si peu d’intérêt pour les affaires communes à l’Union Européenne. Deux principales raisons ont été identifiées : 1° une conviction profondément enracinée parmi tous les citoyens européens que leur participation aux élections n’a pas d’importance du fait qu’elle ne peut pas influencer réellement quoi que ce soit de conséquent. 2° Ils ne voient pas comment en choisissant leurs représentants depuis leur propre région ils peuvent influencer suffisamment la législation européenne au bénéfice de leur propre pays. Ce sentiment se vérifie en Pologne puisque 50 députés seront élus parmi les 785 membres du parlement – a fortiori pour les pays plus petits comme le Luxembourg qui n’aura que 2 représentants !

Que pouvons-nous faire ? Il ne serait évidemment pas réaliste d’augmenter la taille du Parlement. Avec 27 pays, les multiples traductions, les tonnes de papier, les milliers de membres de l’administration au service des 750 parlementaires, c’est déjà le plus gros corps politique du monde !

Du point de vue de la science politique, il est déjà intéressant de remarquer que pendant ses 30 années d’existence, le Parlement Européen a accru à la fois le nombre de ses membres élus par un vote populaire mais aussi son pouvoir. Soixante pour cent des lois nationales sont élaborées à un niveau européen, donnant au Parlement Européen un rôle très signifiant. Ironiquement, cependant, en dépit du rôle croissant et de la pertinence du Parlement Européen, les citoyens européens sont de moins en moins nombreux à participer aux élections !

Ici, à la frontière orientale de l’UE, les politiciens ont une certaine opinion de la société. D’après eux, les citoyens sont absorbés principalement par les sujets qui concernent leurs pays et le peuple ressent que la structure de l’UE peut jouer au mieux un rôle très secondaire pour résoudre leurs problèmes. En conséquence, quand ils font campagne pour l’élection au Parlement européen, les politiciens se concentrent sur les thèmes nationaux, disant aux électeurs ce qu’ils peuvent faire pour la Pologne, la Lituanie ou la Tchéquie, ne disant pas un seul mot du futur et d’une vision commune pour une Europe unie.

Pour cette raison, je suis porté à reprocher aux politiciens le manque d’intérêt du public des électeurs par rapport aux élections européennes. Les candidats ne croient pas que le peuple soit intéressé par la vision que donne la perspective de l’Europe unie. Dès lors ils se présentent comme des lobbyistes nationaux plutôt que comme des politiciens, comme des ambassadeurs plus que comme des législateurs. Il en résulte que le peuple perçoit le Parlement Européen comme une structure où différentes nations convergent pour défendre leurs propres avantages, à l’opposé d’un corps législatif axé sur une structure européenne commune. Si c’était comme ils le présentent, la meilleure stratégie pour chaque pays serait d’élire ses candidats les plus agressifs plutôt que choisir ses politiciens les plus avisés ! Le principal argument des politiciens pour convaincre les électeurs de voter pour eux semble être de représenter les intérêts nationaux et de peut-être concurrencer la partie en cours dans le pays.

Pas de risque que le peuple achète cela ! Il est de la plus haute importance que les politiciens commencent à croire que l’électeur moyen peut comprendre la vision et la mission de l’Europe et qu’il va vouloir être initié aux discussions à propos de son futur. Ceux qui veulent une place doivent changer rapidement la rhétorique de leur campagne et promouvoir davantage une vision commune de la communauté européenne, le débat sur les valeurs qu’elle partage, et le mode d’unité qui est envisagé. Les peuples de l’est de l’Europe ne sont pas suffisamment fous pour croire qu’ils peuvent obtenir une participation financière supérieure et des privilèges de la part de l’UE s’ils ont des représentants plus expressifs et plus convaincants. Ils espèrent que leur voix sera écoutée dans les débats sérieux. Plus d’unité ou non ? Une sorte d’Etats Unis d’Europe ou une fédération de perdants ? Une société plus ouverte ou des limites légales pour plus de justice ? Le peuple souhaite des politiciens visionnaires et non pas des techniciens obsédés par les problèmes locaux à un niveau international. Une vision, voilà ce dont nous avons un besoin urgent pour que le peuple commence à se sentir concerné.



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