Rencontre d’Espaces à Cracovie - 2-4 novembre 2007

Participants : debout, de gauche à droite : Ulrich ENGEL, Alessandro CORTESI, Thomas EGGENSPERGER, Jean-Yves BRACHET, Marie-Laure DENES, Paul-Dominique MASICLAT, Simone ENGELHARD, Michel VAN AERDE, Ignace BERTEN ; assis, de gauche à droite : Horst WIESHUBERT, Marek PIENKOWSKI, Vincenzo CAPRARA, Gabriel NISSIM
Rencontre avec M. Stefan Wilkanowicz
La Pologne vit une période difficile pour l’Etat et pour l’Eglise Pour l’Etat : l’équipe dirigeante sortante a fait des réformes qui visaient la centralisation du pouvoir et en même temps a usé d’une méthode assez violente qui provoquait des conflits au sein même du gouvernement. Les élections ont mis un terme à cette situation. A noter le rôle actif joué par les jeunes, majoritairement défavorables aux jumeaux. « ça vaut la peine de travailler avec les jeunes ». La vie politique va devenir plus raisonnable même si la situation générale reste difficile.
Dans l’Eglise : il existe des divisions et malentendus au sein de l’épiscopat. La majorité est favorable à la poursuite des réformes conciliaires mais d’autres, bien décidés, sont sur un autre registre. L’Eglise est confrontée au problème de la lustration. C’est une affaire très compliquée. D’un côté on ne peut se baser uniquement sur la documentation de l’ancien régime car elle est incomplète et parfois déformée. Il faut faire montre d’une grande prudence. Des enquêtes approfondies sont nécessaires mais pas toujours possibles. La nomination de l’évêque de Varsovie est une triste affaire. Sa faute n’était pas grande, il s’agissait plutôt une imprudence mais le pire et le plus choquant c’est qu’il n’a rien dit. Sa démission a provoqué un tollé à Radio Marjya.
Il est difficile de prévoir comment la situation va évoluer. Beaucoup de jeunes ont été très influencés par Jean-Paul II ; il a donné un certain élan mais qui a été insuffisamment soutenu. Il aurait fallu organiser l’espace pour donner la place à ces jeunes. Aujourd’hui ils sont un peu dispersés. Certes c’est parfois difficile avec les jeunes car ils sont très critiques, mais ils peuvent aussi facilement s’engager si on sait leur parler. Le problème c’est qu’on ne s’occupe pas assez d’eux. L’individualisme est très présent, aussi bien des personnes que des groupes. Chacun fait ses activités dans son coin. L’autre est vu comme concurrent plutôt qu’un allié, ce qui est tragique. C’est en partie l’héritage du communisme qui insinuait la méfiance, l’individualisme et une certaine idée manichéenne. Il y a en outre un manque criant de collaboration avec les laïcs.
Il faut reprendre la méthode utilisée par Karol Wojtila utilisée pour le synode pastoral de Cracovie après le concile. C’était un modèle pour l’Eglise : il disait qu’il fallait un synode pastoral ouvert à tout le monde. Le travail a été mené sur 7 ans ; 500 groupes se sont constitués ! (Karol Wojtila estimait que 50 auraient été un succès...).
Les textes remontés par les groupes comportaient 3 parties : une première présentait la doctrine sur le sujet, la 2ème analysait la situation, la 3ème faisait des propositions. Ce fut une époque de discussions.
On a oublié cette méthode en Pologne car on la juge un peu révolutionnaire !!
On a essayé de faire la même chose au niveau national. Ca n’a pas marché car personne n’était préparé pour cette méthode. Il faut pourtant revenir à cette méthode et même la décliner jusqu’au niveau paroissial.
La grande tâche de l’Eglise est de faire des réformes par l’analyse de la situation. Il faut reprendre cette méthode pour transformer l’Eglise Même si on est optimiste, on constate que 50% des gens vont à l’église, c’est à dire que 50% n’y vont pas. La laïcisation existe mais les gens gardent en tête des idées catholiques mélangées à d’autres qui s’y opposent. Si on ne change pas l’Eglise, si on n’a pas des militants laïcs, on va vers une laïcisation très forte.
Complément de Marek
Jusqu’à la seconde guerre mondiale, la transmission de la culture se faisait dans les milieux aisés. Après la tradition a été rompue : extermination des élites, introduction de la propagande communiste (éloge du prolétariat), jalousie (voisins vus comme concurrents en période de vaches maigres) – propagande pseudo égalitariste.
Par ailleurs, on note de plus en plus de familles à problème : divorce, alcoolisme (appelées ici familles dysfonctionnelles)
Il n’y a pas de programme dans l’Eglise, peu de réception de Vatican II. Si beaucoup de jeunes viennent chez les op c’est qu’il n’y a rien dans les paroisses. Aujourd’hui, le point de référence est devenu la situation d’avant guerre. Or de moins en moins de gens ont cette mémoire. Il y a donc un vide.
Autre problème : le niveau d’enseignement théologique n’est pas très élevé.
Les prêtres acquièrent au séminaire un complexe de supériorité. Ils sont méfiants à l’égard de laïcs qui sont mieux formés. La prêtrise est en outre perçue comme une promotion sociale. Mais dans le même temps, ils ne se sentent pas très murs par rapport à leurs amis laïcs.
Les paroisses devraient devenir des centres de construction de solidarité. On a perdu le sens du bien commun.
Autre problème : la catéchèse
Elle est faite dans les écoles. Le bon côté c’est qu’on touche beaucoup de gens, mais en même temps ça affaiblit les liens avec la paroisse.
Par ailleurs, elle est basée sur l’éthique d’obligation. Or on ne peut fonder toute l’éthique sur l’obligation. Cela ne donne pas de perspectives. Il faut aujourd’hui que les gens sachent choisir. Si l’accent est mis sur l’obligation, ça fait peur et n’attire pas. (cf dans l’histoire les dégâts faits par le jansénisme). Il faut revenir à un bon thomisme : le bon, le beau attire.
Quelques réflexions surgies de la discussion
Le danger premier en Pologne c’est la routine et le manque d’imagination.
L’influence des intellectuels catholiques ? Le problème est qu’ils ne rejoignent pas les gens. Leurs textes sont hermétiques. Les intello parlent aux intello !
Le cléricalisme : il était superficiel dans l’ex-zone soviétique car en fait, c’est l’Etat qui ne voulait pas que les laïcs soient actifs. Mais tout le monde s’est habitué à cette situation. Elle pèse encore. La situation a donc renforcé un cléricalisme traditionnel un peu partout. Les intervenants ont beaucoup parlé de la paroisse. Mais si on veut inventer, doit-on se limiter à cela ? Peut-on imaginer la dépasser en se rappelant que la communauté de base catholique est le diocèse ? Le problème, c’est que les groupes, mouvements qui existent, n’ont pas de conséquences directes dans la vie, dans l’éducation.
Dans les systèmes totalitaires, c’est l’idéologie qui devient vérité et la réalité est interdite, hors la loi (cf. en URSS on a interdit la sociologie).
Stefan Wilkanowicz nous exhorte à organiser un acte symbolique : faire prier « ensemble » les 3 religions.
Il fait des expériences de dialogue anonyme, sur internet. C’est parfois la meilleure manière selon lui de faire de la recherche de la vérité l’objectif de la discussion. Par exemple quand on discute sur les questions d’éthique sexuelle, c’est la meilleure façon : personne n’est étiqueté a priori par sa situation.
Réunion de l’équipe
1. Le colloque théologique 2008
Dans la ligne des précédents colloques théologiques (le dernier à Pistoia), un projet mené par Espaces Berlin et Espaces Bruxelles est en cours avec la faculté de théologie de Louvain la Neuve.
2. Projet Sicile juillet 2008
Ce projet s’inscrit dans la réflexion lancée autour du thème Europe / Méditerranée. Alessandro rappelle que l’année dernière, il a adressé une lettre à plusieurs frères susceptibles d’être intéressés par cette thématique en suggérant l’idée d’une réunion de réflexion à ce sujet. En l’absence de réponses, il a pris des contacts directs avec Claudio, les frères de Sicile, les régents d’étude, les promoteurs JPx et proposé d’inviter des jeunes frères pour parler d’Espaces non pas de façon théorique mais en faisant une activité commune. La proposition a été bien accueillie.
La rencontre aura donc lieu en Sicile, sur le lieur de naissance de Giorgio La Pira. Un programme d’études d’une semaine est prévu. La méthode de travail est celle d’un séminaire, chaque frère étant invité à présenter une contribution sur le thème. Parmi les thèmes possibles : la vision de La Pira sur la Méditerranée, les voyages de Paul, la Turquie, le conflit du Moyen Orient… Une visite à Malte, une session sur les migrations, une seconde sur « Méditerranée et mission de l’Ordre ». Il y aura également deux conférences publiques : la première de Michel sur « la Méditerranée, défi pour l’Europe » ; la seconde sera une table ronde destinée à présenter le livre publié en juin à la suite du colloque théologique de 2006.. Une seule langue : Italien.
Dans ce projet, la collaboration entre les 3 provinces d’Italie est à souligner.
3. Espaces Iberica
Il est suggéré de tenir la prochaine réunion d’équipe à Valencia.
4. 9 mai 2008
Espaces avait commencé à préparer une liturgie spéciale pour le 9 mai aux monastères dominicains. Puis, la proposition s’st élargie aux monastères bénédictins et cisterciens par le biais de l’association des célériers. En 2007, pour les 50 ans de l’Europe, l’UCESM (Union des conférences européennes des supérieures majeures) a été associée et une grande célébration a eu lieu à la cathédrale de Bruxelles. Désormais, l’Ucesm diffusera la proposition liturgique aux conférences nationales qui la transmettront à leurs réseaux.
5. Sibiu
Chacun livre ses impressions sur Sibiu ;
Il est souligné l’importance qu’une telle rencontre puisse se tenir . De même, la diversité des rencontres est riche.
La relève semble difficilement assurée car la question œcuménique n’entre pas dans l’univers des jeunes. Deux raisons sont évoquées : la diversité fait partie de leur univers et la question de l’unité ne se pose pas ; d’autre part, dans la mondialisation, dans un monde pluriel, le premier besoin est de creuser son identité.
6. Rencontre avec Prakash, promoteur général Justice et Paix
Prakash rappellent que l’IEOP n’a pas souhaité nommer un promoteur Justice et Paix pour l’Europe mais a nommé Michel représentant Justice et Paix. Il li semble que la collaboration avec Espaces peut apporter un plus théologique. La difficulté c’est souvent que le promoteur JPx n’a pas de mandat. Le Chapitre général de Bogota a donc renforcé la structure. La nomination d’un promoteur suppose un mandat et un budget.
3 axes de travail prioritaires ont été définis à Fanjeaux :
les migrations
Paix et sécurité humaine
Les inégalités économiques
Prakash aimerait qu’Espaces puisse réfléchir sur ces sujets : la question des migrations est extrêmement importante en Europe. Mais aussi, comment se situer par rapport aux objectifs du millénaire ? Beaucoup de frères et sœurs travaillent sur ces questions. Comment travailler ensemble ?
On pourrait travailler aussi sur Populorum Progressio. Un forum est ouvert sur le site auquel nous pouvons avoir accès.
Prakash envisage d’écrire une lettre aux communautés à l’occasion de l’anniversaire de la mort du fr. Luc Pire l’année prochaine. Il a beaucoup travaillé ces questions.
Gabriel trouve important que les promoteurs JPx prennent connaissance des travaux du Conseil de l’Europe (CoE). La question des migrations est en effet l’une de ses priorités, et la question des droits de l’homme est au cœur de ses travaux. L’entrée par les droits de l’homme est sans doute plus intéressante pour la jeune génération. Les standards du CoE sont élevés mais difficilement appliqués, même quand les textes sont ratifiés. Il est important de connaître les textes pour interpeller les gouvernements qui ont ratifié. Il est possible d’organiser une réunion des promoteurs JPx à Strasbourg et de prévoir une rencontre avec le commissaire aux droits de l’homme. Il visite tous les pays mais a besoin de contacts de terrain (février/mars – ou fin octobre).
Prakash suggère que cette réunion ait lieu avant la prochaine rencontre de l’IEOP de façon à pouvoir en rendre compte aux provinciaux et faire le point.
Sur la thématique de sauvegarde de la création, Prakash met en garde contre les dérives possibles et fait valoir son point de vue d’homme du Sud. Trop souvent dans les discours du Nord on insiste sur l’environnement, certes important, mais en négligeant l’être humain.
Ulrich fait remarquer que la question des migrations peut être un bon sujet de réflexion théologique en Europe, car l’une des questions à laquelle l’Europe est confrontée est celle des frontières. Que signifie les frontières pour notre identité comme chrétiens en Europe ?
Thomas souligne l’intérêt de célébrer l’anniversaire de Dominique Pire en lien avec le vicariat de Belgique. Le problème des promoteurs JPx, c’est qu’on l’impression qu’ils sont nommés par obligation sans être au clair sur leur mission. Ils essaient de travailler mais souvent sans lien avec le reste.
Alessandro pense qu’il serait bon de lier les deux perspectives JPx et Espaces. Car Espaces est aussi vu comme un groupe de contact sans lien avec la mission de l’Ordre.
7. Rencontre avec le Régent des études polonais
8. Date
Printemps 2008
La prochaine rencontre de l’équipe aura lieu du jeudi 15 mai au soir au dimanche 18 mai midi, si possible à Valencia.
La journée du vendredi sera consacrée à l’étude du Livre Blanc du Conseil de l’Europe sur le dialogue interculturel. Tous les participants auront lu le livre blanc. Ceux qui le souhaitent présenteront l’un ou l’autre point qui leur semble intéressant et lanceront la réflexion.
Automne 2008
La rencontre d’automne aura lieu du vendredi 17 au dimanche 19 octobre 2008.

Espaces
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